L'Abbé Théophile Moreux

est né à ARGENT-SUR-SAULDRE le 20 novembre 1867.

Sa première éducation fut l'oeuvre de son père, Sancerrois d'origine, diseur charmant, cerveau admirablement organisé, d'une érudition encyclopédique. De bonne heure, M. MOREUX, simple instituteur, développa chez son fils le goût de l'étude et lui enseigna les premiers éléments de sciences et de la littérature française, grecque et latine.

Plus tard, celui qui devait être l'Abbé MOREUX compléta ses premières études au Lycée de Bourges d'abord, puis au Petit Séminaire Saint Célestin dans la même ville.

Ce passage du Lycée au Petit Séminaire fut motivé par le fait que dès sa première communion, l'enfant élevé dans la plus solide piété par une mère aussi intelligente que dévouée, manifesta de lui-même le désir d'être prêtre.

Après de brillantes études secondaires, le jeune homme obtint de ses parents la permission d'entrer au Grand Séminaire du diocèse pour se préparer à la prêtrise.

Dès lors, le jeune Abbé put mener parallèlement l'étude des sciences profanes et des sciences ecclésiastiques.

Après 5 années au Grand Séminaire, à l'âge de 22 ans, il fut appelé par ses supérieurs dans une voie toute différente, n'ayant pas
l'âge requis pour le Sacerdoce.

Il est donc nommé professeur de mathématiques en 1889 au Petit Séminaire. Il se lia d'amitié avec le chanoine SABARDIN et
l'Abbé HORTU, deux personnages qui orienteront ses travaux vers la photographie.

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cross.gifEn 1891, il est ordonné prêtre.

Il fait ses débuts dans l'astronomie en 1892, en présentant à la Société Astronomique de France ses premières études sur le Soleil.

Secrétaire du Cardinal BOYER à l'époque, celui-ci sait apprécier ses talents de chercheur et lui offre sa première lunette astronomique.

En 1893, il adhère à la Société Astronomique de France. L'Abbé MOREUX accède à l'observatoire de Camille FLAMMARION et fait partie des privilégiés qui ont pu le suivre en Espagne pour observer une éclipse totale du Soleil en 1900. Il publie de nombreux articles dans « L'Astronomie » et il est élu membre du Bureau de la S.A.C. en 1901.     
A partir de ce moment, le jeune astronome collabore à toutes les grandes revues ou magazines du monde entier.

En 1905, ses travaux réalisés suite à l'observation en Tunisie de l'éclipse totale du Soleil lui valent un très grand succès. Mais la loi de séparation entre l'Etat et l'Eglise anéantit le moral du jeune astronome, contraint de quitter le Petit Séminaire et de trouver une solution pour continuer ses travaux. Il part vivre avec sa soeur 55, rue de Beaumont à Bourges et sans se décourager, il construit un nouvel observatoire en 1908 au 22, rue Ranchot à Bourges. Celui-ci étonne bien des citoyens par son architecture mauresque.

En 1899, il monte son premier observatoire au Petit Séminaire Saint Célestin. Toujours professeur au Petit Séminaire, il consacre ses journées à ses élèves et ses nuits à ses études favorites dans son observatoire. C'est ainsi qu'il donne l'alerte lorsqu'un incendie se déclare au Petit Séminaire le 21 juillet 1897.

En 1903, ses travaux météorologiques lui permettent de prédire 10 ans à l'avance les inondations de 1913.

En 1943, il est arrêté par la Gestapo et emprisonné successivement à Fresnes, Orléans puis au Bordiot à Bourges : « personne ne sait comment il peut échapper à la déportation après une incarcération de 6 semaines à l'âge de 73 ans ».

Depuis ces évènements, l'état de santé de l'Abbé MOREUX ne fait que se dégrader, mais il ne cesse de travailler. Il meurt le 13 juillet 1954 à l'âge de 86 ans, d'une crise d'urémie. Il est enterré dans le caveau de famille à Aubigny sur Nère (Cher).

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  L'Ecclésiastique

« Ce savant moderne, qui suit avidement tous les progrès de la Science, est très attaché aux doctrines traditionnelles de l'Eglise, à ses usages mêmes. »

Après de solides études secondaires, il décida, à 16 ans, de s'orienter vers le sacerdoce.

Il entra au Petit Séminaire Saint Célestin en 1883, puis au Grand Séminaire à l'âge de 20 ans.

Il est sous-diacre le 29 juin 1889 et ordonné prêtre en 1891.

Monseigneur BOYER, qui sait apprécier ses qualités de chercheur, le prend à son service comme secrétaire particulier en 1893 jusqu'en décembre 1896, pour lui permettre de mieux suivre ses études.

Il rencontre l'Abbé MUGNIER, à Saint Chartier, dans l'Indre, qui lui fortifie sa vocation d'astronome.

La séparation de l'Eglise et de l'Etat va troubler l'Abbé MOREUX, obligé de quitter le Petit Séminaire où il était alors professeur et où il avait installé son observatoire 8 ans auparavant.

La maison Observatoire de Bourges
est toujours visible
rue Ranchot sans sa coupole... *

En août 1907, il obtint de l'archevêque, Mgr SERVONNET, l'autorisation de se consacrer exclusivement à ses travaux astronomiques dans l'observatoire qu'il avait fait construire, 22 rue Ranchot à Bourges.

Nommé Chanoine honoraire le 8 septembre 1919 par Mgr IZART.

L'homme d'église est toujours présent en lui et ne manque aucune occasion de s'exprimer.

C'est ainsi que dans son ouvrage « Que deviendrons-nous après la mort ? », il fait intervenir les géométries non euclidiennes et les notions d'hyperespace dans les apparitions du Christ.

Son ouvrage « Les confins de la Science et de la Foi », en 1923 marque en quelque sorte le couronnement de sa pensée scientifique croyante.

* Son nouvel Observatoire (1908)

Il est curieux cet observatoire de Bourges, tout entier de style mauresque; avec presque pas d'ouvertures sur notre monde, ainsi qu'il convient à son propriétaire dont l'unique préoccupation est d'observer le ciel ; avec ses moucharabiehs, ses grillages et ses faïences où se poursuivent les signes cabalistiques du zodiaque. »

L'Abbé MOREUX ne possédait pas la somme nécessaire pour ce nouvel édifice. Un astronome lança une souscription dans les colonnes du Figaro, mais celle-ci ne rapporta que 2.240,00 F. C'est grâce à ses droits d'auteur qu'il acheta une parcelle de terrain au 22, rue Ranchot à Bourges.

Mais l'Abbé MOREUX marcha tout de même de l'avant et c'est à la fin de l'année 1907 qu'il peut enfin reprendre ses observations du Soleil, de la Lune et des Planètes.

Ce curieux observatoire, les murs blanchis à la chaux surmontés de la coupole de rigueur ; tout cela détonne un peu à l'extrémité de l'archaïque ville de Bourges - « Mais les plaines du Berry, nous disait tout dernièrement l'Abbé astronome, ne rappellent-elles pas la monotonie du grand désert africain ?... On pourrait aussi, ajoutait-il malicieusement, trouver plus d'un trait commun entre le caractère arabe et celui des populations berrichonnes ».

C'est depuis ce lieu qu'il mena des recherches sur le soleil et ses corrélations sur la météorologie terrestre et la croûte terrestre. Il a mis au point des méthodes de prévision du temps à court terme et sur de grandes périodes qui se sont avérées assez précises.

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 Le Professeur

Professeur de mathématiques, 1889

Dès l'année 1889, on le nomma professeur de mathématiques dans ce même Petit Séminaire où il avait été, quelques temps auparavant, l'un des meilleurs élèves.

C'est là qu'il se lia d'amitié avec ses anciens professeurs: le chanoine SABARDIN, supérieur, esprit fin, d'une aimable érudition, d'une science encyclopédique, d'une bonté légendaire, doyen des photographes de la ville (il installa son laboratoire photo en 1863 au Petit Séminaire) ; l'Abbé Pierre HORTU, ami du regretté géologue Albert de Lapparent, directeur du Petit Séminaire en 1879 et chanoine honoraire en 1894. La photographie représentait une part importante de ses travaux.

Dès cette époque le jeune professeur se lançait complètement dans les études astronomiques.

Ces travaux attirèrent l'attention de Monseigneur BOYER qui le prit à son service comme secrétaire.

Professeur de sciences physique et chimie, 1897

En 1896, le Cardinal BOYER mourait et son jeune secrétaire sollicitait l'autorisation de revenir définitivement au Petit Séminaire où on lui offrait, en 1897, outre l'attribution des mathématiques, l'enseignement de la Physique et de la chimie, en remplacement de l'Abbé HORTU.

  Travaux Photographiques

Avec l'abbé MOREUX, la photographie prit une nouvelle extension, le jeune professeur y consacrait une partie de ces loisirs.

Ses travaux photographiques lui ont permis, par la suite, de profiter pleinement du moment présent lors de l'observation des astres et des planètes, plutôt que d'avoir à observer et faire le croquis de ce qu'il voyait en même temps. La photographie permet d'analyser les phénomènes de façon plus précise, puisqu'elle rend bien l'instant présent, qu'elle permet une mémoire photographique avec tout le temps nécessaire pour l'étudier.

Il avait déjà recueilli de nombreux et précieux documents sur ses riches collections de photographies qui furent anéanties par l'incendie du 21 juillet 1897. C'est l'Abbé MOREUX qui donna l'alerte car il travaillait dans son observatoire.

Professeur à l'Institut Sainte-Marie, 1907

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planet_gold_tbg.gif    L'Astronome

« C'est un grand astronome, qui parce qu'il a vécu 17 ans
avec le soleil, le connaît de face et le soupçonne de pile.»

Citation de J AGEORGES

C'est en 1892 qu'il fait ses débuts dans l'astronomie grâce au Cardinal BOYER qui lui offre sa première lunette astronomique.

L'Abbé MOREUX a passé sa vie à observer le soleil, le comprendre, l'analyser et émettre des théories sur son influence. A l'époque, le Soleil reste très mystérieux : on ignore encore le moteur de son activité et l'origine de son rayonnement. Son magnétisme n'a pas été décelé et la nature des taches solaires est un sujet de controverse. Dans son livre « Le problème Solaire » (1900), l'Abbé MOREUX fait le point des connaissances de l'époque et tente d'apporter sa propre contribution au débat.

En 1893, âgé de 26 ans, il adhère à la Société Astronomique de France, fondée 6 ans plutôt par Camille FLAMMARION.

Il fait partie des privilégiés qui suivent C. FLAMMARION en Espagne en 1900 et à Elche (entre Murcie et Alicante) pour observer l'éclipse totale du soleil où il est chargé d'effectuer des croquis du phénomène....

Dès lors, il publie de nombreux articles dans le Bulletin de la Société, L'Astronomie », concernant les observations de la Lune, du Soleil, des planètes, etc.

Cette même année, il présente sa première communication à l'Académie des Sciences intitulée « Nouvelles Théories sur la rotation inverse des noyaux d'une même tache solaire ».

Vers 1899, il installe son premier observatoire au Petit Séminaire Saint Célestin, où il était alors professeur. C'est là qu'il fait ses premières découvertes.

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earth01.gif    Le Météorologue

« L'Abbé MOREUX n'est pas moins passionné par la météorologie que par l'astronomie. Une bonne part de ses recherches a pour objet la mise en évidence de liens éventuels entre l'activité solaire et les phénomènes naturels terrestres. »

En 1901, il réalisa une étude sur la température du Soleil. Il commence à songer à utiliser le Soleil pour la prévision générale du temps sur la Terre. Et c'est en 1903 qu'il fait ses premières prévisions générales du temps basées sur la vie du Soleil. Dans son ouvrage « Introduction à la météorologie de l'avenir », il développe l'idée que l'activité solaire dans ses fluctuations règle les hausses de températures, les hivers et les printemps plus ou moins rigoureux.

Les courbes des taches solaires et celles de la production du blé, de la vigne, etc, subissent la même marche. Le livre de l'Abbé MOREUX initiera les commerçants à cette étude et rendra par là même de grands services à l'Agriculture.

L'apparition de cet ouvrage suscita les plus ardentes controverses, mais la méthode fit ses preuves à l'époque et tous les événements avaient donné raison à l'astronome et ses merveilleuses intuitions.

Toutes ses théories étaient grosses de conséquences, l'Abbé MOREUX s'avançait beaucoup puisque vers 1903, il prédisait le cycle pluvieux qui devait nous amener, avec une recrudescence de pluies, les inondations qui en sont les conséquences.

En fait, ses prédictions se sont réalisées à la lettre jusqu'à l'arrivée des inondations qui ont dévasté Terre en 1911, 1912 et 1913. Ces prévisions ont été publiées dans le New York Herald du 24 janvier 1904 et dans l'almanach Hachette de 1905.

C'est également en 1903 que l'examen du Soleil et ses théories lui permettent de prédire les troubles magnétiques, l'arrêt des télégraphes sur toute la Terre ainsi que les grandes périodes de tremblement de terre. C'est ainsi qu'il avait prédît le tremblement de San Francisco la veille du jour où celui-ci ruina la ville de fond en comble, qui dévasta la Californie, traversée du Nord au Sud par la fameuse faille de San Andreas.

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 Mission en Tunisie

 

 

1905

Loi de séparation
de l'Etat et de l'Eglise

Une longue éclipse était annoncée pour le 30 août 1905. L'Abbé MOREUX est envoyé par le Bureau des Longitudes (annexe de l'Académie des Sciences) pour étudier le phénomène qui devait être visible de l'Espagne et de la Tunisie.

Le savant astronome, se basant sur ses prévisions météorologiques, choisit la ville de Sfax pour y établir sa mission.

Son choix s'avéra judicieux car le temps fut généralement couvert en Espagne pendant la totalité de l'éclipse solaire.

Accompagné de son astronome adjoint, M. l'Abbé MARCHAND, et de quatre autres collaborateurs, l'Abbé MOREUX remplit entièrement le programme qu'il s'était fixé.

L'étude des photographies prises par la Mission MOREUX constitue au point de vue des enveloppes solaires, couronnes intérieure et extérieure, le plus beau triomphe qu'aient jamais remporté les théories sur le soleil du célèbre astronome.

Cette loi contraint l'Abbé MOREUX à quitter le Petit Séminaire Saint Célestin et le prive ainsi de son observatoire, ce qui a pour conséquence d'interrompre les travaux du savant (pendant environ 2 ans).

Il emballe en hâte ses instruments, sans se soucier de leur fragilité et de leur délicatesse, et les stocke dans un hangar ; il avait 24 heures pour rassembler son matériel.

Il se vit contraint d'édifier avec ses seules ressources un nouvel observatoire pour y établir ses instruments.

Il avait 35 ans, et il lui faut entre 25 et 35 000 F. pour construire l'observatoire

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 Le Savant

 

Le vulgarisateur scientifique

« ...Ce serait je crois, mal comprendre l'Abbé MOREUX, que de voir en lui un astronome seulement, ce qui pourrait suffire à sa renommée. Théophile MOREUX est plus que cela. Dieu l'a fait riche de tous les dons de l'esprit et, par conséquent, complexe.

Un travail acharné a donné, il est vrai, à sa vaste science le charme des choses simples et complètes, et à sa parole l'élégance aisée et sobre du savant disert. »

Extrait d'un article tiré de l'Express de Lyon en 1910

C'était un homme passionné, qui s'intéressait à des sujets aussi divers et variés que l'astronomie, les mathématiques, la physique, la botanique, la philosophie, la linguistique, la science mystérieuse des Pharaons, l'alchimie, la météorologie, la photographie, etc.

L'Abbé MOREUX était surtout connu du grand public comme vulgarisateur de la science astronomique. Il publia environ 50 volumes, des centaines d'articles dans de multiples revues et journaux, conférences illustrées de projections, etc.

« Il reste l'un de ceux qui ont poussé le plus loin l'art difficile de mettre à la portée de tous, et toujours avec la plus grande rigueur scientifique, sa science passionnante des astres. »

« C'est un journaliste scientifique apprécié et un excellent pédagogue, sachant éclairer et faire comprendre les notions les plus complexes. »

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Sa disparition

L'Abbé MOREUX meurt dans sa modeste maison qu'il occupait 55, rue de Beaumont à Bourges.

« Il termina son extraordinaire existence, emporté à l'âge de 87 ans, le 13 juillet 1954, par une crise implacable d'urémie.

Avec lui disparaît un Berrichon qui avait acquis, par ses travaux scientifiques, une notoriété universelle.

Au cours de la cérémonie, Monseigneur Le Guenne, archiprêtre, fit dans son allocution un parallèle entre des livres du savant et les derniers instants de sa vie : « Que deviendrons-nous après la mort ? »

L'inhumation eut lieu à Aubigny, dans le caveau de famille, en toute intimité, en présence de quelques amis venus saluer une dernière fois l'illustre savant. »

Le Berry Républicain, le 17 février 1982 (Roger RICHET).

Après sa mort, une lunette astronomique a été donnée à l'observatoire de Paris, et l'observatoire de Bourges fut vendu au commandant GRIVEAU ou à sa belle-mère, qui a fait enlever la coupole en zinc.

Deux semaines avant sa mort, malgré son état de santé, il travaillait encore. « Il avait préparé un travail sur l'éclipse partielle du soleil. Il consultait toujours ses livres... Puis, graduellement, ses forces déclinèrent. Il plaisantait toujours, pourtant, avec les amis qui venaient le voir.

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Il a fini par s'éteindre doucement, paisiblement, avec, peut-être, la joie d'avoir enfin la révélation de cet universel mystère qu'il avait toute sa vie cherché à percer...

Ses obsèques ont eu lieu le vendredi 17 juillet 1954 à 10h, en la cathédrale Saint-Etienne à Bourges, en toute simplicité comme le désirait le défunt, sous la présidence de Monseigneur LEFEVRE, archevêque, entouré d'une trentaine de membres du Clergé.

De renommée Internationale, l'Abbé MOREUX fut connu surtout pour son oeuvre de vulgarisation scientifique, ses talents de dessinateur et ses travaux dans le domaine de l'Astronomie (notamment pour ses études sur le Soleil et la planète Mars).

Son courage, sa foi et son optimisme constant ont fait de lui un être apprécié de tous.

Son oeuvre littéraire ne compte pas moins de 50 ouvrages traduits dans plusieurs langues. Ses études et ses articles dans les principales revues astronomiques de l'époque sont très difficiles à recenser, tant ils furent nombreux.

Ses observations et ses théories sur le Soleil ont permis de relancer en France les études sur le Soleil et sur les planètes. Ce fut le premier à énoncer une théorie sur la relation entre les phénomènes solaires et les phénomènes naturels terrestres, faisant ainsi avancer les études en météorologie.

Ses talents d'artiste, notamment de dessinateur et d'écrivain, ont traversé les frontières et c'est à l'échelle mondiale que l'Abbé MOREUX était connu et apprécié de tous les grands savants et astronomes de son époque. Ses dessins à l'aquarelle sur les taches solaires furent publiés dans de nombreuses revues étrangères.

Il fut un vulgarisateur scientifique dans le domaine des sciences: Astronomie, Physique, mathématiques, algèbre, géométrie, etc. Il savait intéresser les foules, même les non initiés. C'est ainsi qu'il publia sa fameuse collection « Pour comprendre » qui a initié plus d'un profane à ces différents domaines.

Sa plus grande oeuvre fut sans doute son encyclopédie de 600 pages « Le ciel et l'Univers » ornée de 595 illustrations et de 24 planches en couleur, véritable synthèse. des connaissances astronomiques de l'époque.

Le nom de l'Abbé Théophile Moreux a été donné à un cratère martien.

Longitude 315,5 Ouest et Latitude 42,2 Nord.

Photo prise par la NASA

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Hommage à l'Argentais

HOMMAGE A L'ABBE THEOPHILE MOREUX A L'OCCASION DU 50ème ANNIVERSAIRE DE SA DISPARITION

Discours de M. Denis MARDESSON - Maire d'Argent Sur Sauldre

ARGENT, le 11 Juillet 2004

 

Monseigneur,

Monsieur le Préfet, directeur général de la Police Nationale,

Monsieur le Député Maire,

Monsieur le Conseiller Général,

Mesdames et Messieurs les Maires, Adjoints, Conseillers Municipaux,

Mesdames et Messieurs les Présidents et Présidentes d'Associations,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

 

En rendant hommage à l'abbé Moreux à l'occasion du 50ème anniversaire de sa disparition, nous honorons aujourd'hui le plus illustre de nos compatriotes et le plus célèbre des Argentais.

Théophile Moreux vit en effet le jour à deux pas d'ici, le 20 novembre 1867, comme le rappelle la plaque commémorative que nous venons de dévoiler sur sa maison natale.

Sa mère, profondément croyante, est très certainement à l'origine de sa vocation religieuse tandis que son père, instituteur d'une érudition encyclopédique en l'initiant à l'astronomie, a fait naître sa vocation scientifique - "J'avais cinq ans, racontera-t-il plus tard, une nuit, mon père est venu me réveiller pour me faire assister au passage d'une comète. Je crois que c'est l'impression reçue cette nuit-là qui a déterminé ma vocation".

Brillant élève, Théophile Moreux poursuit ses études secondaires au lycée puis au petit et au grand séminaire de la capitale du Berry.

En 1891, il est ordonné prêtre. Nommé secrétaire particulier du Cardinal Boyer, archevêque de Bourges, il semble s'ennuyer quelque peu dans ses fonctions déclarant que "le plafond du palais archiépiscopal est bien bas et les astres bien sympathiques". Le prélat, ayant détecté ses talents, l'encouragea dans cette voie en lui offrant l'argent nécessaire à l'achat d'une lunette astronomique. Si performante soit-elle, celle-ci ne saura toutefois rapidement suffire à appréhender le champ de ses investigations. Aussi, en 1899 installe-t-il un observatoire au petit séminaire où il enseigne les mathématiques tout en publiant de nombreux articles sur la lune, le soleil et les planètes et à adresser ses communications à la société astronomique de France dont il deviendra bientôt un membre éminent.

En 1900, il participe avec Camille Flammarion à une mission d'observation des éclipses solaires en Espagne. En 1905, le bureau des longitudes le désigne pour diriger une mission d'étude de l'éclipse totale de soleil. Il se rend alors à Sfax en Tunisie d'où il rapporte des plaques photographiques sur la couronne solaire destinées à étayer ses théories sur l'astre du jour.

Mais tandis que notre abbé observe les astres dans le ciel tunisien, le législateur français vote la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat Dans les mois qui suivent son retour, le petit séminaire Saint Célestin est fermé et l'abbé Moreux se retrouve sans coupole ni instrument d'observation à la hauteur de ses ambitions scientifiques.

Il va alors rassembler les énergies et surtout les fonds nécessaires à l'édification d'un nouvel observatoire qui sera construit, quelques années plus tard, Rue Ranchot à Bourges, en grande partie grâce à ses droits d'auteur.

Curieux bâtiment, que cet observatoire tout entier de style mauresque avec ses moucharabiehs, ses grilles et ses faïences où se poursuivent les signes cabalistiques du zodiaque. Il détonne quelque peu dans l'architecture berruyère, mais disait-il : "les plaines du Berry ne rappellent-elles pas la monotonie du grand désert africain et l'on pourrait aussi trouver plus d'un trait commun entre le caractère arabe et celui des populations berrichonnes".

C'est dans cet observatoire qu'il va pouvoir reprendre ses travaux astronomiques auxquels il consacre pratiquement tout son temps, s'attachant en particulier à l'étude du soleil et à la nature de ses taches ainsi qu'à l'examen de Mars et de ses canaux au sujet desquelles il développe la théorie selon laquelle ceux-ci ne seraient pas d'origine naturelle mais l'ouvre, sinon de martiens, à tout le moins d'êtres animés par une forme de vie aujourd'hui disparue de la planète rouge.

 

Il publie le résultat de ses observations, de ses découvertes et ses théories dans d'innombrables articles, ouvrages, communications, conférences qu'ils donnent aussi bien en France qu'à l'étranger devenant ainsi mondialement connu et internationalement reconnu. Sa plus grande ouvre est sans doute son encyclopédie de 600 pages "Le ciel et l'univers" orné d'autant d'illustrations et de planches en couleur, véritable synthèse des connaissances astronomiques de l'époque.

Astronome, l'abbé Moreux est tout autant passionné de météorologie. Par ses recherches, il met en évidence l'influence de l'activité solaire sur les phénomènes naturels terrestres. Ses prévisions, comme celles de 1903 annonçant de futures inondations ou le tremblement de terre de San Francisco la veille du jour où celui-ci a dévasté la ville de fond en comble, qui se sont toutes réalisées, lui valurent une grande notoriété auprès du public.

Astronome, météorologue, Théophile Moreux s'intéressait également à des sujets aussi divers que la physique, la philosophie, l'algèbre, la géométrie, l'alchimie, la botanique, la photographie à laquelle il consacre ses loisirs, sans compter ses talents de dessinateur qu'il met à profit pour illustrer ses observations des astres.

Reconnu et apprécié de ses pairs, l'abbé Moreux est aussi un excellent pédagogue qui met ses connaissances à la portée de tous, sachant éclairer et faire comprendre les notions les plus complexes tant par ses talents oratoires que par ses écrits.

C'est ainsi qu'il met au point une méthode simple et précise de prévision du temps basée sur la pression atmosphérique et la direction du vent, qu'il rédige une collection d'ouvrages pédagogiques ancêtres de nos "que sais-je ?" destinés aux non initiés, intitulés : "pour reconnaître... " les plantes, ou "pour comprendre".... l'algèbre, la géométrie, la mécanique, "pour écrire en français... ". Il rédige même un ouvrage ayant pour titre "Construisez vous-même votre poste de téléphone sans fil" !

A la palette de ses talents déjà cités, s'ajoutait donc celui d'un précurseur et d'un remarquable vulgarisateur.

Homme de science, Théophile Moreux est aussi un homme de foi. Selon lui : "la vraie science ne saurait être ennemie de la vraie foi" et il veillera toute sa vie à concilier l'une et l'autre. Dans un recueil de quatre volumes paru au début du siècle dernier, il invite d'ailleurs ses contemporains à réfléchir à des interrogations sur notre existence aussi fondamentales que celles de savoir "D'où venons-nous ?", "Qui sommes-nous  ?" "Où sommes-nous  ?" "Où allons-nous  ? ".

Comme l'écrivait un journaliste de l'époque: "Dieu l'a fait riche de tous les dons de l'esprit ".

Cet homme nanti de tous les dons de l'esprit, ceux qui l'ont connu le décrivent physiquement ainsi : "Il est de taille ordinaire, la figure avenante et gaie, les yeux brillants et pleins d'intelligence, les cheveux noirs, ayant un peu de l'apparence du méridional... Il est actif, les mouvements sont aisés et expressifs, et sa vibrante parole, de la plus belle langue française, en même temps que persuasive et vulgarisatrice, est un régal ".

L'abbé Moreux continuera pendant de nombreuses années encore à mettre ses dons au service de la science et de la foi, voyant son ouvre couronnée par les plus hautes distinctions en particulier par l'attribution de son nom à un cirque lunaire et à un cratère de Mars.

En 1943, à l'âge de 76 ans, il subit, hélas, une douloureuse épreuve. Arrêté par la gestapo, il sera incarcéré pendant plusieurs semaines et échappera de peu à la déportation grâce, dit-on, à l'intervention d'un officier allemand qui connaissait son ouvre.

Profondément marqué par cette détention, son état de santé ira en se dégradant progressivement. Petit à petit ses forces déclinent, son activité se réduit et il sombre peu à peu dans l'oubli.

Sans se départir de son esprit, il s'éloigne ainsi doucement du monde des terriens pour rejoindre l'au-delà le 13 juillet 1954, à l'âge de 86 ans, avec peut être la joie d'avoir enfin la révélation de cet universel mystère qu'il avait toute sa vie cherché à percer.

A cet homme de génie, à ce personnage hors du commun, il était donc bien légitime que sa ville natale rende modestement hommage aujourd'hui.

Alors, cher Abbé Moreux, là où vous êtes, peut être nous observez-vous de "vos yeux brillants et pleins d'intelligence". Soyez en tout cas assuré de la fierté, de la reconnaissance, de la fidélité et de l'affection de vos compatriotes, envers celui des leurs qui avait l'insigne privilège et de croire au ciel et de croire aux cieux.

Denis MARDESSON

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